L’augmentation du prix du pain n’a-t-elle pas sonné l’heure des premières révoltes populaires de 1789 ? Pas étonnant que miches, brioches et chouquettes soient conviées à la grande table de l’Histoire, supports inventifs de cette très vivante leçon sur les débuts de la Révolution française. En mitrons aux mains blanchies par la farine, Vincent Berger et Juliette Allain s’attellent à tout reprendre depuis la convocation des États Généraux, incarnant à eux deux tous les protagonistes – roi, reine, peuple de Paris et les 1 200 députés ! Les fiévreux débats d’hier sur la représentation, la justice sociale et les contre-pouvoirs percutent avec force ceux d’aujourd’hui. Un théâtre vif et nécessaire, dans la droite ligne de cette passionnante « fabrique théâtrale des savoirs » que développe depuis longtemps la metteuse en scène.
C’est avec le même cocktail singulier de collages dadaïstes et de fantaisie musicale sans paroles proposé dans _Madame l’Aventure_, que le duo Lionel Dray et Clémence Jeanguillaume aborde son premier spectacle pour enfants. Un solo débordant de formes et de sons, avec le dessin comme compagnon. Devant un grand écran où se métamorphosent constamment des traits de crayon minimalistes et libres, Clémence Jeanguillaume est Madame Olala, gros yeux cartoonesques et clavier sous la main. Un personnage avide de mystères et d’énigmes. Burlesque comme du Keaton, déroutant comme du Tati, caméléon comme _La Linea_ d’Osvaldo Cavandoli, ce théâtre agite un langage qui lui est propre, beau et déroutant à la fois. Les papillons colorés s’y échappent de l’écran et les trous de souris s’agrandissent pour ouvrir des percées magiques vers d’autres mondes. L’Olalaland ?
Joël Pommerat a le chic pour explorer ce moment tâtonnant et aigu entre enfance et adolescence (_Contes et légendes, Cendrillon, Pinocchio_) avec des distributions de comédien·nes sans âge, comme surgi·es d’un autre monde. C’est encore le cas avec le trio Éric Feldman, Coraline Kerléo, Marie Malaquias, troublant·es adultes-enfants de cette épopée fantastique. Sur Terre, Jade et Marjorie se vouent une amitié indéfectible, luttant de toutes leurs forces contre les normes qui les contraignent. Dans un autre univers, un jeune couple a été forcé à l’exil pour avoir commis le crime de trop s’aimer. Et si le surnaturel était leur arme pour contourner l’arbitraire des adultes ? Toute la grammaire esthétique de la Compagnie Louis Brouillard – noirs tranchant entre les scènes, lumières sculptant l’espace, parole sonorisée – fait corps avec cette fragilité adolescente, et pousse très loin la sensation d’irréel de ce nouveau conte existentiel.
_Attention, présence d’effets stroboscopiques_
Joël Pommerat a le chic pour explorer ce moment tâtonnant et aigu entre enfance et adolescence (_Contes et légendes, Cendrillon, Pinocchio_) avec des distributions de comédien·nes sans âge, comme surgi·es d’un autre monde. C’est encore le cas avec le trio Éric Feldman, Coraline Kerléo, Marie Malaquias, troublant·es adultes-enfants de cette épopée fantastique. Sur Terre, Jade et Marjorie se vouent une amitié indéfectible, luttant de toutes leurs forces contre les normes qui les contraignent. Dans un autre univers, un jeune couple a été forcé à l’exil pour avoir commis le crime de trop s’aimer. Et si le surnaturel était leur arme pour contourner l’arbitraire des adultes ? Toute la grammaire esthétique de la Compagnie Louis Brouillard – noirs tranchant entre les scènes, lumières sculptant l’espace, parole sonorisée – fait corps avec cette fragilité adolescente, et pousse très loin la sensation d’irréel de ce nouveau conte existentiel.
_Attention, présence d’effets stroboscopiques_
C’est avec le même cocktail singulier de collages dadaïstes et de fantaisie musicale sans paroles proposé dans _Madame l’Aventure_, que le duo Lionel Dray et Clémence Jeanguillaume aborde son premier spectacle pour enfants. Un solo débordant de formes et de sons, avec le dessin comme compagnon. Devant un grand écran où se métamorphosent constamment des traits de crayon minimalistes et libres, Clémence Jeanguillaume est Madame Olala, gros yeux cartoonesques et clavier sous la main. Un personnage avide de mystères et d’énigmes. Burlesque comme du Keaton, déroutant comme du Tati, caméléon comme _La Linea_ d’Osvaldo Cavandoli, ce théâtre agite un langage qui lui est propre, beau et déroutant à la fois. Les papillons colorés s’y échappent de l’écran et les trous de souris s’agrandissent pour ouvrir des percées magiques vers d’autres mondes. L’Olalaland ?
C’est avec le même cocktail singulier de collages dadaïstes et de fantaisie musicale sans paroles proposé dans _Madame l’Aventure_, que le duo Lionel Dray et Clémence Jeanguillaume aborde son premier spectacle pour enfants. Un solo débordant de formes et de sons, avec le dessin comme compagnon. Devant un grand écran où se métamorphosent constamment des traits de crayon minimalistes et libres, Clémence Jeanguillaume est Madame Olala, gros yeux cartoonesques et clavier sous la main. Un personnage avide de mystères et d’énigmes. Burlesque comme du Keaton, déroutant comme du Tati, caméléon comme _La Linea_ d’Osvaldo Cavandoli, ce théâtre agite un langage qui lui est propre, beau et déroutant à la fois. Les papillons colorés s’y échappent de l’écran et les trous de souris s’agrandissent pour ouvrir des percées magiques vers d’autres mondes. L’Olalaland ?
Dans _Le convoi_ (2024), l’écrivaine Beata Umubyeyi Mairesse racontait pour la première fois son expérience personnelle du génocide perpétré contre les Tutsi au Rwanda, et la longue enquête qu’elle a menée pour retrouver les traces de son sauvetage inespéré. Ce récit à la langue précise et distanciée revient sur les convois organisés en juin 1994 par des humanitaires suisses pour évacuer des centaines d’enfants. Dont elle, qui avait alors 15 ans. Fanny de Chaillé accompagne l’autrice bordelaise dans cette lecture théâtralisée qui s’épaissit d’images de films d’archives, de photos et d’entretiens, montés par Sophie Laly. L’oeuvre littéraire poursuit ainsi sur scène son patient chemin de désilenciation et de documentation, comblant les manques et les vides à hauteur humaine, et pointant avec intransigeance tous les impensés de l’histoire officielle et des récits médiatiques occidentaux.
Visitez le théâtre et ses coulisses, puis assistez à une répétition ouverte de la pièce en création Une famille pyrénéenne, de la compagnie Toro Toro.
La rencontre se poursuivra par un échange avec le metteur en scène Nans Laborde-Jourdàa.
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Un évènement Journées européennes du patrimoine et du matrimoine à Bordeaux
#JEPMBX2026
C’est avec le même cocktail singulier de collages dadaïstes et de fantaisie musicale sans paroles proposé dans _Madame l’Aventure_, que le duo Lionel Dray et Clémence Jeanguillaume aborde son premier spectacle pour enfants. Un solo débordant de formes et de sons, avec le dessin comme compagnon. Devant un grand écran où se métamorphosent constamment des traits de crayon minimalistes et libres, Clémence Jeanguillaume est Madame Olala, gros yeux cartoonesques et clavier sous la main. Un personnage avide de mystères et d’énigmes. Burlesque comme du Keaton, déroutant comme du Tati, caméléon comme _La Linea_ d’Osvaldo Cavandoli, ce théâtre agite un langage qui lui est propre, beau et déroutant à la fois. Les papillons colorés s’y échappent de l’écran et les trous de souris s’agrandissent pour ouvrir des percées magiques vers d’autres mondes. L’Olalaland ?
Au sol, une mosaïque de photographies sur laquelle la comédienne navigue. En fond de scène, un écran où se superposent visages du passé, photos piochées et reflets de Valérie Dréville, filmée par quatre caméras au plateau. Guy Cassiers, grande figure de la mise en scène belge, a conçu une scénographie kaléidoscopique éclairant toutes les couches d’écriture – journal intime, chronique, poésie, roman – de Camille de Toledo. Après le suicide de son frère et la mort de ses parents, Thésée, double autofictionnel de l’écrivain, quitte Paris pour Berlin, où il pense se réinventer. Mais, toujours intranquille, il n’a d’autre choix que d’affronter les archives et le lourd passé familial. Avec une douceur et une sobriété infinies, Valérie Dréville se fait la voix de Thésée et celle de toutes les personnes disparues autour. Ce qui se tisse dans cet entrelacs de traces, de mémoire et de poésie, embrasse, par l’intime, toutes les blessures du 20e siècle.
Pomme-frite, le vieux chien édenté, est introuvable. Comme les poules Grisette et Blanchette, ou Jason le hamster. Comment leur dire adieu ? Les réponses recueillies par Valérie Mréjen auprès d’enfants de tous âges, qu’on aperçoit en film sur le décor, sont pleines d’imagination et de poésie. Dans un joyeux ping-pong narratif, les trois comédien·nes rejouent avec délices les cérémonies qui leur ont été confiées : chanter, danser, ramasser des cailloux, des fleurs, ou recréer un monde miniature, « comme les Égyptiens ». À moins que ces personnages ne deviennent eux-mêmes ces fantômes d’animaux, se métamorphosant avec quelques accessoires de récup’. Pour sa 4e pièce jeune public également proposée dans le cadre du Projet Kids – la grande colo artistique de Fanny de Chaillé – Valérie Mréjen enchante la parole documentaire enfantine, avec une imagination débridée.
C’est avec le même cocktail singulier de collages dadaïstes et de fantaisie musicale sans paroles proposé dans _Madame l’Aventure_, que le duo Lionel Dray et Clémence Jeanguillaume aborde son premier spectacle pour enfants. Un solo débordant de formes et de sons, avec le dessin comme compagnon. Devant un grand écran où se métamorphosent constamment des traits de crayon minimalistes et libres, Clémence Jeanguillaume est Madame Olala, gros yeux cartoonesques et clavier sous la main. Un personnage avide de mystères et d’énigmes. Burlesque comme du Keaton, déroutant comme du Tati, caméléon comme _La Linea_ d’Osvaldo Cavandoli, ce théâtre agite un langage qui lui est propre, beau et déroutant à la fois. Les papillons colorés s’y échappent de l’écran et les trous de souris s’agrandissent pour ouvrir des percées magiques vers d’autres mondes. L’Olalaland ?
C’est une histoire de survie dans un monde qui pèse trop lourd pour une « lesbienne noire, grosse, sans enfant et vieillissante », comme elle se décrit. Dans la lignée de _Parable of the Sower_ de l’autrice afro-américaine de science-fiction Octavia E. Butler qui voit une adolescente inventer sa propre religion dans un monde qui dégénère, Rébecca Chaillon cherche dans le ciel une façon de bâtir des « safe space » pour elle et sa bande de performeur·ses marginalisé·es. Cosmique, astrologique, sa nouvelle épopée n’en est pas moins ancrée dans le réel, en partant de l’expérience de vies qui résistent à la norme et à ce qu’elle écrase. Au rire, à la révolte et à l’engagement des corps qui ont fait sa marque de fabrique, Rébecca Chaillon ajoute une fibre nouvelle pour la science-fiction rebelle. La possibilité de se rêver un autre avenir.
Pomme-frite, le vieux chien édenté, est introuvable. Comme les poules Grisette et Blanchette, ou Jason le hamster. Comment leur dire adieu ? Les réponses recueillies par Valérie Mréjen auprès d’enfants de tous âges, qu’on aperçoit en film sur le décor, sont pleines d’imagination et de poésie. Dans un joyeux ping-pong narratif, les trois comédien·nes rejouent avec délices les cérémonies qui leur ont été confiées : chanter, danser, ramasser des cailloux, des fleurs, ou recréer un monde miniature, « comme les Égyptiens ». À moins que ces personnages ne deviennent eux-mêmes ces fantômes d’animaux, se métamorphosant avec quelques accessoires de récup’. Pour sa 4e pièce jeune public également proposée dans le cadre du Projet Kids – la grande colo artistique de Fanny de Chaillé – Valérie Mréjen enchante la parole documentaire enfantine, avec une imagination débridée.
C’est une histoire de survie dans un monde qui pèse trop lourd pour une « lesbienne noire, grosse, sans enfant et vieillissante », comme elle se décrit. Dans la lignée de _Parable of the Sower_ de l’autrice afro-américaine de science-fiction Octavia E. Butler qui voit une adolescente inventer sa propre religion dans un monde qui dégénère, Rébecca Chaillon cherche dans le ciel une façon de bâtir des « safe space » pour elle et sa bande de performeur·ses marginalisé·es. Cosmique, astrologique, sa nouvelle épopée n’en est pas moins ancrée dans le réel, en partant de l’expérience de vies qui résistent à la norme et à ce qu’elle écrase. Au rire, à la révolte et à l’engagement des corps qui ont fait sa marque de fabrique, Rébecca Chaillon ajoute une fibre nouvelle pour la science-fiction rebelle. La possibilité de se rêver un autre avenir.
Cela fait quarante ans que Jeanne Candel fabrique de la fiction et des spectacles, la preuve avec ces enregistrements miraculeusement gardés sur cassettes, qu’elle enregistrait enfant avec son amie Laure Mathis, comédienne toujours à ses côtés. Pour célébrer cette incroyable longévité, et saisir ce qui la fait encore continuer, Jeanne Candel bricole un autel-refuge à l’essence même du théâtre. Quelque chose de mythologique et débordant, comme la figure ambivalente de Dionysos, que sa troupe d’artisans-performers de la vie brève alimente à coups de tragédies-portatives à vue et d’un instrumentarium bariolé – piano préparé, violoncelle, batterie. Fidèle à son amour de la machinerie-théâtrale artisanale, qui jaillissait si brillamment dans _Fusées_, Jeanne Candel se paie une cure de jouvence aux sources de son art, qui remontent à l’enfance, à l’Antiquité. À toujours.
C’est avec le même cocktail singulier de collages dadaïstes et de fantaisie musicale sans paroles proposé dans _Madame l’Aventure_, que le duo Lionel Dray et Clémence Jeanguillaume aborde son premier spectacle pour enfants. Un solo débordant de formes et de sons, avec le dessin comme compagnon. Devant un grand écran où se métamorphosent constamment des traits de crayon minimalistes et libres, Clémence Jeanguillaume est Madame Olala, gros yeux cartoonesques et clavier sous la main. Un personnage avide de mystères et d’énigmes. Burlesque comme du Keaton, déroutant comme du Tati, caméléon comme _La Linea_ d’Osvaldo Cavandoli, ce théâtre agite un langage qui lui est propre, beau et déroutant à la fois. Les papillons colorés s’y échappent de l’écran et les trous de souris s’agrandissent pour ouvrir des percées magiques vers d’autres mondes. L’Olalaland ?
Pomme-frite, le vieux chien édenté, est introuvable. Comme les poules Grisette et Blanchette, ou Jason le hamster. Comment leur dire adieu ? Les réponses recueillies par Valérie Mréjen auprès d’enfants de tous âges, qu’on aperçoit en film sur le décor, sont pleines d’imagination et de poésie. Dans un joyeux ping-pong narratif, les trois comédien·nes rejouent avec délices les cérémonies qui leur ont été confiées : chanter, danser, ramasser des cailloux, des fleurs, ou recréer un monde miniature, « comme les Égyptiens ». À moins que ces personnages ne deviennent eux-mêmes ces fantômes d’animaux, se métamorphosant avec quelques accessoires de récup’. Pour sa 4e pièce jeune public également proposée dans le cadre du Projet Kids – la grande colo artistique de Fanny de Chaillé – Valérie Mréjen enchante la parole documentaire enfantine, avec une imagination débridée.
Une pole danceuse, une ex-infirmière, un acteur-rappeur, une cinéaste : autour de Margot Alexandre, l’autre moitié des Toro Toro, des performers poussent en terrain non-balisé cette chronique d’une famille modeste et bancale. La mère, femme de ménage, et la grand-mère, aide-soignante virée pour vol, tiennent tant bien que mal la baraque pendant que le fils zone, et s’offre à tous, et que la fille a fait le choix de ne plus sortir de sa chambre. Quant à la voisine de palier, qui travaille sur des tapisseries médiévales retrouvées, elle deviendra la narratrice de leur inexorable chute. Les Toro Toro placent leur esthétique queer et pluridisciplinaire sous perfusion des pastorales, grandes formes de théâtre amateur jouées l’été dans les villages basques et béarnais. Réhabilitant dans un même élan les cultures populaires et les vies minuscules, les marges et l’ordinaire. Avec l’espoir que la tradition n’empêche pas l’émergence de nouveaux récits.
Pomme-frite, le vieux chien édenté, est introuvable. Comme les poules Grisette et Blanchette, ou Jason le hamster. Comment leur dire adieu ? Les réponses recueillies par Valérie Mréjen auprès d’enfants de tous âges, qu’on aperçoit en film sur le décor, sont pleines d’imagination et de poésie. Dans un joyeux ping-pong narratif, les trois comédien·nes rejouent avec délices les cérémonies qui leur ont été confiées : chanter, danser, ramasser des cailloux, des fleurs, ou recréer un monde miniature, « comme les Égyptiens ». À moins que ces personnages ne deviennent eux-mêmes ces fantômes d’animaux, se métamorphosant avec quelques accessoires de récup’. Pour sa 4e pièce jeune public également proposée dans le cadre du Projet Kids – la grande colo artistique de Fanny de Chaillé – Valérie Mréjen enchante la parole documentaire enfantine, avec une imagination débridée.
Après ses mises en scène ambitieuses (_Lieux Communs_ ou _Salle des fêtes_), Baptiste Amann retrouve un théâtre à l’os, circonscrit à un trio d’acteur·rices familier·ères de son théâtre (Samuel Réhault, Lyn Thibault et Alexandra Castellon). Tout part ici d’une interrogation vertigineuse : comment conjurer le désir de mort d’un jeune adolescent dont le père s’est lui-même suicidé quand il avait 5 ans ? L’auteur, conscientque la réponse à cette question est aussi nécessaire qu’impossible, déploie un récit qui entremêle les styles, superpose les temporalités, glisse de la blessure intime aux souvenirs revisités, pour partager son dénuement devant la difficulté qu’il éprouve à penser la filiation à l’épreuve du découragement. Baptiste Amann excelle à manier ces plongées tout à la fois triviales, ordinaires et lyriques. Son adresse à l’enfant vacillant soulève aussi tout le potentiel de l’écriture à réinventer les liens qui nous relient aux absent·es.
C’est avec le même cocktail singulier de collages dadaïstes et de fantaisie musicale sans paroles proposé dans _Madame l’Aventure_, que le duo Lionel Dray et Clémence Jeanguillaume aborde son premier spectacle pour enfants. Un solo débordant de formes et de sons, avec le dessin comme compagnon. Devant un grand écran où se métamorphosent constamment des traits de crayon minimalistes et libres, Clémence Jeanguillaume est Madame Olala, gros yeux cartoonesques et clavier sous la main. Un personnage avide de mystères et d’énigmes. Burlesque comme du Keaton, déroutant comme du Tati, caméléon comme _La Linea_ d’Osvaldo Cavandoli, ce théâtre agite un langage qui lui est propre, beau et déroutant à la fois. Les papillons colorés s’y échappent de l’écran et les trous de souris s’agrandissent pour ouvrir des percées magiques vers d’autres mondes. L’Olalaland ?
Pomme-frite, le vieux chien édenté, est introuvable. Comme les poules Grisette et Blanchette, ou Jason le hamster. Comment leur dire adieu ? Les réponses recueillies par Valérie Mréjen auprès d’enfants de tous âges, qu’on aperçoit en film sur le décor, sont pleines d’imagination et de poésie. Dans un joyeux ping-pong narratif, les trois comédien·nes rejouent avec délices les cérémonies qui leur ont été confiées : chanter, danser, ramasser des cailloux, des fleurs, ou recréer un monde miniature, « comme les Égyptiens ». À moins que ces personnages ne deviennent eux-mêmes ces fantômes d’animaux, se métamorphosant avec quelques accessoires de récup’. Pour sa 4e pièce jeune public également proposée dans le cadre du Projet Kids – la grande colo artistique de Fanny de Chaillé – Valérie Mréjen enchante la parole documentaire enfantine, avec une imagination débridée.
L’augmentation du prix du pain n’a-t-elle pas sonné l’heure des premières révoltes populaires de 1789 ? Pas étonnant que miches, brioches et chouquettes soient conviées à la grande table de l’Histoire, supports inventifs de cette très vivante leçon sur les débuts de la Révolution française. En mitrons aux mains blanchies par la farine, Vincent Berger et Juliette Allain s’attellent à tout reprendre depuis la convocation des États Généraux, incarnant à eux deux tous les protagonistes – roi, reine, peuple de Paris et les 1 200 députés ! Les fiévreux débats d’hier sur la représentation, la justice sociale et les contre-pouvoirs percutent avec force ceux d’aujourd’hui. Un théâtre vif et nécessaire, dans la droite ligne de cette passionnante « fabrique théâtrale des savoirs » que développe depuis longtemps la metteuse en scène.